À l’occasion de la célébration des 223 ans de création du Drapeau haïtien, l’Ambassade d’Haïti à Bruxelles a organisé, le 15 mai 2026, une soirée commémorative empreinte de solennité, de culture et de fraternité, réunissant la communauté haïtienne du Benelux ainsi que de nombreux amis d’Haïti.
Dès 17h30, les invités ont franchi les portes de l’Ambassade, parée des couleurs nationales, magnifiquement décorée. L’ambiance chaleureuse et patriotique a immédiatement donné le ton à cette célébration symbolique. Sous des lumières chaleureuses, les conversations se mêlaient au tintement des verres autour d’un cocktail raffiné, sublimé par l’inimitable Rhum Barbancourt, tandis qu’un profond sentiment de fraternité emplissait l’atmosphère.
La cérémonie officielle a débuté par les propos introductifs de l’Ambassadeur a.i., M. Idalbert Pierre Jean, suivis du discours de Son Excellence Dr Alrich Nicolas, prononcé par le Conseiller M. Petit Frant IBREUS. Dans une allocution profondément marquante, il a rappelé la portée historique et universelle du drapeau haïtien, né du combat héroïque des esclaves pour la liberté et la dignité humaine.
Le discours a souligné que le 18 mai n’est pas une date ordinaire. C’est une date chargée d’histoire, de sang, de rébellion et d’espoir. C’est le jour où Haïti, née de la plus grande révolution d’esclaves de l’histoire humaine, a planté son drapeau, ce drapeau bleu et rouge, dans la chair du monde.
Mais ce drapeau n’est pas né dans un moment de paix. Il a émergé d’une violence inouïe. Pendant plus de trois siècles, des millions d’êtres humains ont été arrachés à leur terre, enchaînés, déshumanisés. La révolution haïtienne a été le prix du sang versé, de corps brûlés, de familles déchirées. Et c’est précisément parce que cette violence était innommable que le drapeau qui en est né porte une signification universelle.
Ce drapeau bleu et rouge n’a jamais été un symbole de racisme ou d’inégalités. Il incarne l’exact opposé : l’unité, la fraternité, et une universalité qui avait été seulement théorisée ailleurs, mais jamais véritablement matérialisée. Haïti l’a matérialisée, au prix de son sang.


Quand ce drapeau a été levé, en 1807, il proclamait un message radical au monde entier : l’humanité ne se divise pas. Les droits humains ne sont pas des privilèges réservés à certains. La dignité n’appartient pas à une race, une classe, une nation. Elle appartient à chaque être humain, par le simple de son existe. Et c’est ce message, ce cri, que Haïti a lancé à la face du monde, que nous célébrons aujourd’hui.
Or, ce message est aujourd’hui en péril. Chaque fois que les valeurs d’universalité, de dignité, d’humanité et du droit à l’autodétermination des peuples sont menacées, Haïti se sent frappée dans sa chair. Et aujourd’hui, Haïti saigne. Non pas parce qu’elle est faible, mais parce que les forces qui s’abattent sur elle – l’insécurité et la violence innommable- ces forces-là nient précisément ce que notre drapeau a proclamé en 1807.
La violence que connaît notre pays aujourd’hui n’est pas une fatalité, encore moins une malédiction. Et c’est précisément la raison de cette célébration. Nous appelons à la solidarité du Benelux, de l’Europe, de chaque nation qui croit aux valeurs que notre drapeau incarne.
Nous ne demandons pas la pitié. Nous demandons la reconnaissance : la reconnaissance que notre pays a donné au monde une leçon d’humanité qui demande à être honorée en retour. Nous appelons tous les Haïtiens et toutes les Haïtiennes, partout où ils ou elles se trouvent, particulièrement ici au Benelux, à se rallier autour de ce symbole d’unité qu’est notre drapeau bleu et rouge. Quel que soit votre lieu de naissance, votre statut ou votre divergence politique, en ce moment spécial , l’unité s’impose.Il est nécessaire que chacun/chacune se souvienne des valeurs du bicolore à incorporer dans notre quotidien.
Le discours s’est conclu par un vibrant appel : le 18 mai n’est pas seulement un jour pour commémorer le passé, c’est un jour pour affirmer notre détermination envers l’avenir, pour soutenir que la dignité humaine doit être défendue. En ces heures sombres que traversent Haiti, ce drapeau bleu et rouge, symbole de fraternité universelle, demeure notre phare. Nous le plantons ici à Bruxelles, au cœur de l’Europe, pour dire au monde : Haïti existe. Haïti compte. Et Haïti ne sera jamais seule.
La dimension culturelle de la soirée a été assurée par le groupe invité Métis-Kacao d’Amos Coulanges et de Kecita Clénard. Le concert s’est ouvert avec une interprétation émouvante de l’hymne national haïtien, La Dessalinienne, comme un vibrant hommage chanté aux ancêtres de l’indépendance. Puis le Groupe Metis-Kacao entraîna les convives dans un voyage au cœur des traditions haïtiennes : rythmes, voix et mélodies tissèrent une célébration vivante de l’identité créole jusqu’aux dernières notes du concert, à 19h50.
La célébration s’est poursuivie autour d’un service de spécialités haïtiennes mettant à l’honneur des mets emblématiques d’Haiti. Autour des tables parfumées de saveurs du pays, la fête se poursuivit dans une douce convivialité. Le riz au « djondjon, le tassot et les mets gratinés racontaient à leur manière l’histoire d’un peuple généreux et résilient, fier de ses racines et de son héritage.
Cette commémoration du 18 mai 2026 à Bruxelles fut une ode à Haïti à sa mémoire héroïque, à sa force indomptable de son peuple et aux valeurs universelles que notre drapeau continue de porter au monde : liberté, dignité et espérance.



